La brasserie de Pipaix est la dernière brasserie à vapeur au monde

Jean-Louis Dits, 66 ans, est un homme passionné. Il a aimé enseigner à l’Artem à Mouscron. Il aurait bien continué à sa retraite d’ailleurs, après quarante ans passés devant le tableau.

Jean-Louis Dits aime aussi la bière, et sa brasserie. La brasserie à vapeur, à Pipaix, qu’il tente de faire classer.

C’est la dernière brasserie à vapeur au monde. "J’ai repris la brasserie en 1984. J’avais 33 ans. La brasserie avait fait partie de la même famille pendant 199 ans, la famille Cuvelier puis Biset-Cuvelier", explique Jean-Louis Dits. "Je l’ai reprise pour la sauver. Pour sauver ce patrimoine. Le dernier brasseur avait fait son dernier brassin à 83 ans. Il arrêtait. Le fiston avait plus de 60 ans. Les petits-enfants avaient tous leur métier. Et personne n’a voulu reprendre. Je n’étais pourtant pas du village originaire de Péruwelz. Je n’habitais pas loin, à Braffe. Mais je la connaissais, cette brasserie. Je les connaissais toutes. J’ai toujours été passionné par la bière. Je fabriquais déjà de la bière dans des casseroles alors que c’était théoriquement interdit."

La brasserie à vapeur, c’est aujourd’hui une gamme de trois bières : la Saison de Pipaix, la Vapeur cochonne et la Vapeur en folie. La quantité n’est pas énorme : 500 hectolitres par an. Principalement pour l’étranger.

C’est surtout un site ouvert au public. Un site vivant. "J’organise un brassin public le dernier samedi de chaque mois. J’ai parfois eu jusqu’à 150 personnes pour voir la dernière brasserie à vapeur au monde. Avec le matériel d’époque ! Il y avait déjà une ferme en 1750. Et en 1785, il est certain qu’il y avait une activité brassicole à la ferme. Mon idée est de conserver la brasserie comme elle existait au XIXe siècle et de montrer aux gens comment on brassait à cette époque. Tout ce qui est du brassage jusqu’à la fermentation, c’est d’origine. C’est de la fonte. Cela ne bouge pas."

Le site datant de plusieurs siècles, il faut continuellement faire des travaux. "C’était une ruine quand j’ai repris la brasserie. La cheminée était à moitié à terre. Tôt ou tard, je vais devoir refaire la toiture. Nous sommes tout le temps dans les travaux."

Des regrets ? "Aucun. Je regrette Sittelle. C’était le totem d’Anne-Marie. Mon épouse. Elle n’aimait pas son prénom. Elle y a laissé une partie de sa vie comme je vais y laisser une partie de la mienne. C’est aussi pour Sittelle que je veux classer la brasserie. Nous nous sommes investis pour la sauver, la dernière brasserie à vapeur au monde. Ce n’est pas pour que tout disparaisse demain. Et le patrimoine disparaît tous les jours."

Jean-Louis Dits a rempli la demande de classement auprès de la Région wallonne. Il a déjà reçu l’avis. La demande est recevable.